Le far breton n’est pas qu’un dessert de plus dans le grand catalogue des douceurs françaises. Dans le Finistère, il fait partie du patrimoine, transmis de cuisine en cuisine, de grand-mère en petite-fille, avec ses codes bien précis et ses petites querelles de clocher sur la bonne façon de faire.
Entre Douarnenez, Quimper et le pays bigouden, chacun a sa version, mais tous s’accordent sur l’essentiel : un appareil lisse, des pruneaux moelleux et une cuisson qui ne pardonne pas l’improvisation. C’est cette exigence qui distingue un far raté, caoutchouteux et sec, d’un far réussi, fondant et parfumé.
Voici donc une recette traditionnelle du far breton, celle qu’on retrouve dans les cuisines familiales du Finistère depuis plusieurs générations, avec les gestes qui font toute la différence et les astuces glanées au fil des années passées derrière les fourneaux.
Le far breton, un symbole de la pâtisserie bretonne du Finistère
Le far occupe une place particulière dans le cœur des Finistériens. On le sert au goûter du dimanche, on le glisse dans le panier de pique-nique face à l’océan, on le partage lors des fêtes de village. Cette spécialité bretonne incarne à elle seule l’idée de convivialité et de simplicité.
Ce qui frappe surtout, c’est la constance du débat autour de sa préparation. Faut-il du lait entier ou demi-écrémé ? Beaucoup de vanille ou juste une pointe ? Les pruneaux doivent-ils tremper dans du thé, de l’eau ou du rhum ? Ces questions animent encore les cuisines du Finistère, preuve que ce dessert breton reste bien vivant.
Dans les classements des recettes régionales les plus recherchées, le far et le kouign-amann se disputent régulièrement les premières places. Un signe que cette pâtisserie bretonne traverse les générations sans perdre de son attrait, y compris chez les jeunes cuisiniers qui découvrent la recette via internet.
D’où vient vraiment le mot « far » ?
Le terme vient du breton « farz », qui désigne une bouillie de farine cuite lentement, elle-même issue du latin farina. À l’origine, il s’agissait d’un plat salé, préparé avec de la farine de froment, de l’eau et parfois un peu de lard, destiné à nourrir les familles paysannes.
C’est avec la démocratisation du sucre au XIXe siècle que le far s’est transformé en dessert. Œufs, lait entier et beurre demi-sel sont venus enrichir la préparation, puis les pruneaux, importés par voie maritime, sont devenus l’ingrédient signature de la version sucrée. Une anecdote circule encore au pays bigouden : certaines familles faisaient « prendre » le fond du far sur le poêle avant d’ajouter les fruits, pour éviter qu’ils ne tombent au fond du plat. Ce geste reste pertinent aujourd’hui pour obtenir une découpe nette.

Les ingrédients d’une recette far breton traditionnel Finistère réussie
Pas besoin d’une liste interminable pour réussir ce gâteau. Le far repose sur des ingrédients simples, mais leur qualité et leur dosage font toute la différence entre un dessert banal et une véritable recette familiale digne de ce nom.
- 🥛 70 cl de lait entier à température ambiante, pour l’onctuosité
- 🌾 150 g de farine de blé (type 55 ou 65), tamisée pour éviter les grumeaux
- 🍬 120 à 140 g de sucre en poudre, ajustable selon le côté sucré des pruneaux
- 🥚 4 gros œufs extra-frais
- 🧈 40 g de beurre demi-sel, plus un peu pour beurrer le plat
- 🍯 250 g de pruneaux dénoyautés, moelleux et bien gonflés
- 🫖 1 gousse de vanille ou 1 c. à café d’extrait
- 🥃 Option : 2 c. à soupe de rhum ambré ou d’Armagnac
Le lait entier local, riche en matières grasses autour de 3,9 %, apporte ce moelleux si caractéristique. Le beurre demi-sel, lui, révèle les arômes sans jamais dominer, c’est la petite signature bretonne qu’on retrouve dans presque toutes les pâtisseries de la région, y compris dans un bon quatre-quarts moelleux.
Adapter les quantités selon le nombre de convives
Pour un repas de famille élargi ou un dessert plus modeste, voici comment ajuster les proportions sans dénaturer l’équilibre de la pâte.
| Nombre de parts 🍽️ | Lait entier (ml) | Farine (g) | Œufs | Sucre (g) | Pruneaux (g) 🍇 |
|---|---|---|---|---|---|
| 4 parts | 600 | 150 | 3 | 90-110 | 180 |
| 6 parts | 1000 | 250 | 4 | 130-150 | 250-400 |
| 8 parts | 1250 | 300 | 5 | 160-180 | 350-450 |
Le bon plan de Jean : je conserve toujours une louche de pâte de côté avant d’ajouter les pruneaux, elle sert à napper le fond du plat une première fois pour bien fixer les fruits. Ce petit geste évite qu’ils ne coulent tous au fond, un problème que j’ai vu revenir souvent chez les débutants.
Les étapes de préparation, pas à pas
Réussir cette recette traditionnelle demande un peu de méthode, mais rien de compliqué. Voici l’enchaînement qui fonctionne à chaque fois, testé et approuvé dans de nombreuses cuisines du Finistère.
- Préchauffez le four à 210°C chaleur statique, plat vide à l’intérieur ⏱️
- Faites gonfler les pruneaux 15 minutes dans de l’eau chaude, du thé ou un peu de rhum tiède
- Mélangez farine, sucre et sel, puis incorporez les œufs en fouettant
- Ajoutez le lait en trois fois pour éviter tout grumeau, parfumez à la vanille
- Incorporez le beurre fondu, l’appareil doit rester fluide et lisse
- Beurrez le plat brûlant, versez une fine couche de pâte, remettez 2 minutes au four
- Disposez les pruneaux sur ce film pris, puis versez le reste de la pâte
- Enfournez 10 minutes à 210°C, puis baissez à 170°C pour 40 à 50 minutes ⚠️
Le principe de la cuisson en deux temps n’est pas un détail. La première chaleur vive fixe l’appareil et donne cette croûte dorée si recherchée. La phase plus douce, elle, cuit le cœur sans dessécher la texture, un équilibre délicat que chaque four gère un peu différemment.
Comment savoir si la cuisson est terminée ?
Une pointe de couteau plantée au bord du centre doit ressortir légèrement humide, jamais liquide. À la sortie du four, le far peut gonfler puis retomber un peu, c’est parfaitement normal et ne signifie pas un échec.
Astuce transmise de cuisine en cuisine à Quimper : si le dessus colore trop vite, posez une feuille de papier cuisson les dix dernières minutes. Cela protège la surface sans stopper la cuisson à cœur, et garantit un résultat aussi beau que bon.
Les variantes gourmandes du far breton classique
Si la version aux pruneaux reste la référence, il existe presque autant de fars que de villages dans le Finistère. Chaque variante conserve l’esprit du dessert d’origine tout en apportant sa propre nuance.
| Variante 🍮 | Ingrédient clé | Boisson conseillée | Profil gustatif |
|---|---|---|---|
| Far breton classique | Pruneaux d’Agen IGP | Cidre brut 🍎 | Sucré-acidulé |
| Pommes caramélisées | Reinette de Bretagne | Cidre doux | Rond et gourmand |
| Chocolat | Pépites cacao 70% | Thé noir fumé | Intense et amer |
| Sarrasin + pruneaux | Farine de blé noir (15%) | Hydromel artisanal | Rustique et complexe |
Le far nature, sans fruits, séduit ceux qui veulent goûter avant tout le lait et le beurre demi-sel. Une pincée de zeste de citron ou une demi-gousse de vanille suffit à le sublimer sans le masquer. C’est souvent la version que je conseille à ceux qui découvrent ce dessert pour la première fois.
Pour les amateurs de sensations plus rustiques, remplacer 10 à 20 % de la farine de blé par de la farine de sarrasin apporte une note de noisette intéressante, sans alourdir la texture. Cette touche de cuisine du terroir rappelle les galettes bretonnes, et si le sujet vous intrigue, la pâte à crêpe préparée la veille partage d’ailleurs quelques principes communs avec l’appareil du far.
Conservation, dégustation et accords à table
Le far breton se prépare volontiers à l’avance, ce qui en fait un allié précieux pour les repas de famille. Une fois refroidi, il se conserve au réfrigérateur, filmé au contact, pendant environ 48 heures sans perte de moelleux.
Il supporte aussi la congélation, à condition d’être découpé en parts individuelles et bien emballées. Comptez deux à trois mois au congélateur, puis réchauffez doucement à 150-160°C pendant une dizaine de minutes pour retrouver toute sa texture.
Le bon plan de Jean : je préfère toujours servir le far le lendemain de sa cuisson, une fois qu’il a bien reposé au frais. La texture devient plus dense, plus crémeuse, et la découpe est nette au couteau lisse.
Côté accord, une bolée de cidre brut finistérien reste le classique indétrônable. Le contraste entre le sucré du far et l’acidulé du cidre fonctionne à merveille, tout comme un thé noir fumé pour les versions au chocolat. ✅
Que servir avant ou après ce dessert breton ?
Si vous composez un repas complet autour de la Bretagne, pensez à ouvrir avec des coquilles Saint-Jacques ou des moules de saison, deux valeurs sûres de la cuisine côtière du Finistère. Le far, servi tiède en dessert, boucle ce menu marin avec douceur et simplicité.
Cette complémentarité entre les produits de la mer et la pâtisserie sucrée illustre bien l’identité culinaire bretonne, où terre et océan se répondent constamment dans l’assiette.
Pourquoi mon far breton retombe-t-il après la cuisson ?
C’est un phénomène tout à fait normal. Le far gonfle sous l’effet de la chaleur puis retombe légèrement en refroidissant, un peu comme un soufflé. Cela n’indique pas un défaut de cuisson, mais plutôt un signe que la texture va se stabiliser en refroidissant pour devenir plus crémeuse.
Faut-il fariner les pruneaux avant de les incorporer ?
Oui, c’est une astuce utile pour éviter qu’ils ne tombent tous au fond du plat pendant la cuisson. Une fine couche de farine sur des pruneaux bien égouttés les aide à rester suspendus dans la pâte, garantissant une répartition homogène à la découpe.
Peut-on remplacer le lait entier par du lait demi-écrémé ?
C’est possible, mais le résultat sera moins onctueux. Le lait entier apporte la richesse caractéristique du far breton traditionnel. Si vous devez alléger la recette, mieux vaut compenser avec un peu de crème liquide plutôt que de passer directement à un lait allégé.
Combien de temps peut-on conserver un far breton maison ?
Au réfrigérateur, bien filmé, il se garde environ 48 heures sans perte de qualité. Pour une conservation plus longue, la congélation en parts individuelles permet de le garder deux à trois mois, à condition de le réchauffer doucement au four avant de le servir.
Le far breton doit-il obligatoirement contenir des pruneaux ?
Non, le far nature existe depuis toujours et reste très apprécié dans certaines régions du Finistère comme le Pays de Léon. Il met simplement en valeur le lait entier et le beurre demi-sel, sans l’ajout de fruits, pour une version plus épurée du dessert.